le fil
Un jour, j'ai trouvé, par hasard, une étrange et magnifique machine. Je me suis dit: quel beau son il fait cet engin, calme et tranquille, rassurant, sans intermède, qui me fait me sentir bien... Assez vite, il est devenu le prolongement de moi-même, depuis que j'ai branché ces électrodes à mon cerveau, et à mon coeur.
Je n'existe plus que par lui, je me fonds dans ses cellules, et il se fond dans les miennes, il gruge tout ce que j'ai de bon, et moi, grande tragédienne, je bois ses paroles...
Mais depuis quelques jours, depuis qu'il a bu tout mon sang, absorbé toutes les cellules de mon cerveau, il en a assez, je ne suis plus qu'un boulet, il veut vivre par lui-même, il est devenu presque humain et il n'y a plus rien de bon à tirer de moi, je ne suis plus rien et chacune de ses paroles m'anéantis...
C'est lui ou moi, ou moi ou lui, mais la séparation serait trop atroce. Alors, j'essaie de rester tant bien que mal, et lui me pousse, me pousse, hors de mon bureau, hors de mon appart, hors de la ville, et le fil s'étend, s'étend, s'étend
je suis maintenant loin,
mais encore attachée
par un fil, un fil qui s'étend
qui s'étend, qui s'étend
tout autour de la ville,
et tout autour de la planète
maintenant
la planète est entourée
d'anneaux
et ce sont ces fils, ces fils,
qui me relient de moi à lui,
de lui à moi
et que je ne veux pas couper
de peur que le court-circuit
ne me fasse perdre
le peu de vie qu'il me reste
le peu d'humanité qu'il me reste
Bientôt je pars en Tunisie
J'espère que le fil sera assez long encore, ou au contraire serait-ce mieux pas